Le paradoxe du développeur en France

En France, si tu es encore développeur à 40 ans c’est que t’as raté ta carrière ! Tu devrai au moins être chef de projet ou mieux directeur de projet. Inutile d’insister c’est comme çà. Et, j’oubliais, tu fais partie de la catégorie « Senior » depuis 5 ans … oui désolé … autant te dire que tu commences à être sérieusement trop vieux et sans doute trop cher pour faire ce métier …

Désolé pour cette introduction un peu violente mais pour en avoir discuté avec des SSII, des recruteurs, des collègues c’est le constat que je suis obligé de faire. Et autant te dire que je trouve cela complètement idiot.

Une carrière typique

Je vais prendre mon cas personnel ou j’ai reproduit ce schéma par 2 fois. Une fois chez eStat et une fois chez Orange. Tu commences comme développeur, tout se passe bien, on te donne des projets de plus en plus important, tu t’impliques de plus en plus, c’est toi, maintenant, qui explique aux nouveaux arrivants comment ça marche.  Et puis un jour tu fais partie de ceux qui ont le plus d’ancienneté. C’est là qu’on te propose de passer chef de projet avec prise de responsabilité et (normalement) une augmentation de salaire. Généralement tu acceptes … pauvre fou/folle !

Dans l’imaginaire de tous les développeurs que j’ai côtoyé jusqu’à aujourd’hui c’est la carrière typique. Celle que la plupart des devs envisagent. Si tu es un bon chef de projet tu seras peut être même propulsé directeur de projets. La classe ultime.

Je ne sais même pas d’où vient cette idée qu’un bon développeur s’il veut « réussir » doit devenir chef de projet mais c’est une idée préconçue et complètement stupide.

Un bon dev = un bon chef de projet ?

Un bon dev est, pour moi, quelqu’un de suffisamment autonome, curieux, amoureux du code et ouvert pour mener ses projets à terme plus ou moins dans les temps.

Un bon chef de projet doit savoir gérer une équipe, se mettre à niveau de ses interlocuteurs, préparer le travail en amont et évaluer le résultat produit en aval.

Il y a bien plus à dire sur ces 2 métiers mais c’est pour faire court. Quoi qu’il en soit ces 2 métiers n’ont absolument rien à voir. Comment en est-on arrivé à cette aberration ? Ce ne sont absolument pas les mêmes métiers !

Je ne sais pas pourquoi on pousse les devs vers ce schéma de pensée mais il est très largement répandu.

Ah j’oubliais, un bon dev doit être jeune (entre 20-25 ans et 30-35 max). Évidemment s’il débute sa carrière en maitrisant le C++, le Java, le Go, le PHP, le Javascript, le Perl, le Kobol, l’Ada, le Python, le Fortran, le HTML, le CSS, le shell script, qu’il maitrise 2-3 frameworks et qu’il a une demi douzaine d’années d’expérience il devrait pouvoir toucher entre 25-30k euros /an … le luxe j’te dis !!!!

Je passe sur les base de données, les technologies liées au cloud, le développement d’applications mobiles, le traitement d’images/de son/de vidéo, …

C’est marrant parce que vers 30-35 ans, la pression salariale/sociétale commence à te faire sentir qu’il faudrait penser à évoluer. Du moins si tu veux que ton salaire commence à monter aussi. Pile au moment ou tu possèdes toutes les compétences que t’aurai aimé avoir plus jeune, paf, il faut changer de métier.

Pour résumé, en France, les devs ne sont pas super bien payés, ne sont pas super considérés mais par contre, sont très recherchés. J’en veux pour confirmation cette comparaison entre le salaire de développeur Web aux USA et en France.

En France, le salaire moyen d’un développeur web est de 33000 €/an. Aux Etats-unis pour le même métier il est de 78000 $/an. Environ le double (modulo le taux de change).

Rock star developper

Le truc c’est qu’aux Etats-unis, il semble que si tu es reconnu comme un bon développeur on est davantage prêt à te payer pour que tu continues d’exercer le même métier. Le dev semble moins vu comme un coût mais davantage comme une ressource. Ils ont même inventé le concept de « développeur rock star« . Je ne dis pas que c’est parfait mais cela me parait plus intéressant que de vouloir te faire changer de boulot sans savoir si tu atteindras ton seuil d’incompétence à la prochaine promotion.

Le seuil d’incompétence, c’est celui que tu atteint lorsque après avoir été promu on s’aperçoit qu’il aurait mieux valu ne pas te proposer cette promotion.

J’avais entendu (sans doute dans un podcast) qu’aux US, il existait des agences pour représenter les développeurs. Comme les agents sportifs mais pour un dev. Cela me paraissait étrange mais après quelques recherches c’est un fait et il n’y en a pas qu’une (voici une liste d’agence d’une petite centaine de noms).

Tu pourrai me dire qu’en France les SSII remplissent également ce rôle mais pour le vivre de l’intérieur, certaines le font peut-être, mais pas l’immense majorité.

Bref j’ai le sentiment qu’on fait les choses à l’envers en France sur ce sujet. Rien ne permet de croire qu’un dev fera un bon chef de projet ni que cela lui plaira sur le long terme. Si je reprend mon exemple personnel, je suis ravi d’être redevenu dev à plein temps. Même si, prétendument, je n’ai plus « l’âge », je code la journée, le soir et le week-end sans que cela me soit une contrainte. Cela me plait et je compte bien ne pas accepter la prochaine « promo » qu’on aurait le malheur de me proposer.

 

 

Publié par

Fred

Parfaitement bilingue ... Oh my Glotte !!!

Une réflexion sur « Le paradoxe du développeur en France »

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